L’interview récente du Premier ministre qatarien, Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, avec la chaîne israélienne Channel 12, a suscité un vif intérêt sur la scène internationale. Dans cet entretien, le ministre qatarien a détaillé les mois de négociations complexes ayant abouti à un accord de cessez-le-feu et de libération d’otages entre Israël et le Hamas. Cette intervention a été saluée comme une réussite diplomatique pour le Qatar, mettant en avant son rôle de médiateur clé dans un conflit qui déchire la région depuis des années. Cependant, une question se pose : quelle aurait été la réaction si un ministre marocain, comme Nasser Bourita, avait été à la place de son homologue qatarien ?
Le double standard des réactions médiatiques et politiques
Si Nasser Bourita, le ministre marocain des Affaires étrangères, avait accordé une interview à une chaîne israélienne, les réactions au Maroc auraient été bien différentes. Les critiques auraient fusé de toutes parts, notamment de la part des islamistes, des partis de gauche et des médias engagés. Des groupes comme Jamaat Adl wa Ihsan ou le Parti de la Justice et du Développement (PJD) auraient immédiatement accusé Bourita de « normalisation » avec Israël, voire de « sionisme ». Des figures de la gauche, comme Maati Mounjib ou Fouad Abdelmoumni, n’auraient pas manqué de dénoncer une « trahison » des principes de la cause palestinienne. Des médias comme Al Jazeera auraient probablement amplifié ces critiques, présentant l’interview comme une concession inacceptable à l’État hébreu.
Pourtant, lorsque le Qatar mène une telle initiative, elle est perçue comme une avancée diplomatique louable. Pourquoi ce double standard ? Pourquoi un ministre qatarien peut-il dialoguer avec une chaîne israélienne sans susciter de tollé, alors qu’un ministre marocain serait immédiatement voué aux gémonies ? Cette différence de traitement révèle une hypocrisie certaine dans les réactions politiques et médiatiques, tant au Maroc que dans le monde arabe en général.
Nasser Bourita : Un diplomate pragmatique dans un contexte complexe
Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères marocain, est reconnu pour son pragmatisme et son habileté diplomatique. Sous sa direction, le Maroc a renforcé ses relations avec plusieurs puissances mondiales, tout en maintenant un équilibre délicat dans ses positions sur les questions régionales sensibles, comme le conflit israélo-palestinien. Le rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël en 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham, a été une décision stratégique, visant à servir les intérêts nationaux du Royaume, notamment sur la question du Sahara marocain.
Si Bourita avait mené une interview similaire à celle du ministre qatarien, il aurait sans doute expliqué, tout aussi clairement, les efforts du Maroc pour promouvoir la paix et la stabilité dans la région. Il aurait rappelé que le Maroc, tout en maintenant son soutien à la cause palestinienne, joue un rôle de pont entre les différentes parties, cherchant à favoriser le dialogue et la compréhension mutuelle. Cependant, dans le contexte marocain, une telle démarche aurait été mal comprise, voire diabolisée.
Le mécontentement marocain : Entre idéologie et réalité politique
La réaction des Marocains à une telle initiative serait probablement marquée par un mécontentement, voire une hostilité ouverte. Les islamistes, en particulier, y verraient une « trahison » des principes de l’Oumma et de la solidarité avec les Palestiniens. Les partis de gauche, quant à eux, critiqueraient ce qu’ils percevraient comme une soumission aux intérêts occidentaux et israéliens. Les médias engagés, comme Al Jazeera, alimenteraient cette narrative, présentant l’interview comme une concession inacceptable.
Pourtant, il est essentiel de rappeler que la diplomatie ne se fait pas dans l’abstrait. Elle est guidée par des intérêts nationaux et des réalités géopolitiques complexes. Le Qatar, en menant cette interview, a montré qu’il est possible de dialoguer avec toutes les parties, tout en défendant des principes humanitaires et en cherchant à mettre fin à un conflit dévastateur. Le Maroc, sous la direction de Nasser Bourita, a adopté une approche similaire, bien que moins médiatisée, en cherchant à jouer un rôle constructif dans la région.
Vers une réévaluation des priorités
L’interview du ministre qatarien avec une chaîne israélienne est une preuve supplémentaire que la diplomatie nécessite du courage et de la flexibilité. Si Nasser Bourita avait été à sa place, les réactions auraient été bien plus virulentes, révélant les contradictions et les hypocrisies qui traversent le paysage politique marocain. Il est temps pour les Marocains de réévaluer leurs priorités et de reconnaître que la défense des intérêts nationaux et la promotion de la paix ne sont pas incompatibles avec la solidarité envers la cause palestinienne.
Le Qatar a montré la voie. Le Maroc, sous la direction de Nasser Bourita, mérite le même respect pour ses efforts diplomatiques, même s’ils ne correspondent pas toujours aux attentes idéologiques de certains. La paix et la stabilité dans la région passent par le dialogue, et cela nécessite parfois de prendre des décisions courageuses, même si elles sont impopulaires.